À quelques pas du château de Matsuyama, nichée au flanc de la colline, se trouve une bâtisse qui surprend. Bansuisō — 萬翠荘 — est une villa de style néo-Renaissance construite en 1922 par le comte Hisamatsu Sadakoto, descendant des anciens seigneurs de Matsuyama. Classée bien culturel important de l'État depuis 2011, elle est aujourd'hui l'un des rares exemples d'architecture française authentique au Japon. Pour un visiteur français, l'endroit a quelque chose d'émouvant.

Un comte, une passion pour la France

Hisamatsu Sadakoto n'était pas un amateur de la France à distance. Officier de carrière, il étudia à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr — la grande école militaire française — puis revint en France comme attaché militaire à l'ambassade japonaise de Paris. Au total, il passa quinze ans de sa vie en France, à côtoyer la culture, l'architecture et le quotidien français.

De retour au Japon, il confia la conception de sa villa au jeune architecte Kigo Shichiro, diplômé de l'université impériale de Tokyo. Celui-ci, pour être à la hauteur de la commande, effectua lui-même plusieurs mois de voyage en Europe pour étudier l'architecture occidentale sur place. Le résultat fut si fidèle que, dit-on, les Européens eux-mêmes étaient surpris de découvrir un tel bâtiment à Matsuyama.

Le coût de construction s'éleva à environ 300 000 yens en 1922 — soit environ un tiers du budget qui sera consacré, sept ou huit ans plus tard, à la construction de l'ensemble du bâtiment principal de la préfecture d'Ehime. Pour une villa privée de taille modeste, c'était une somme considérable.

Ce que l'on voit à l'intérieur

La villa est construite en béton armé — l'une des plus anciennes structures de ce type dans la préfecture d'Ehime — sur trois niveaux plus un sous-sol, pour une superficie totale d'environ 888 m². L'architecture extérieure mêle le style néo-Renaissance occidental à une sensibilité japonaise : contrairement à la majorité des bâtiments européens, la façade est volontairement asymétrique. Les colonnes de l'entrée principale sont ornées de chapiteaux d'ordre corinthien. Le toit mêle cuivre et ardoise naturelle, avec des touches d'Art Nouveau visibles dans les détails.

À l'intérieur, le grand salon du premier étage retient immédiatement l'attention. La cheminée et le grand miroir, importés d'Europe, donnent à la pièce une atmosphère qui évoque davantage un hôtel particulier parisien qu'une demeure japonaise. Deux grandes peintures panoramiques ornent les murs — œuvres d'un peintre originaire de Matsuyama, Yagi Saika — représentant la plaine de Matsuyama vue depuis le col de Misaka, et la baie de Kanagawa telle qu'elle apparaissait à l'époque d'Edo.

Dans l'escalier, un vitrail au motif de vagues et de voiliers — réalisé par le maître verrier Kiuchi Shintaro, qui signa également les vitraux de l'hôtel Shimazu et du Grand Hall public d'Osaka. Le motif est interprété comme une évocation des traversées maritimes que fit le comte pour rejoindre la France.

Un dernier détail, que l'on remarque rarement : sur la pointe du paratonnerre du toit, on trouve des pièces d'or et d'argent du domaine de Matsuyama — un soin du détail qui dit beaucoup sur l'état d'esprit du commanditaire.

Un lieu chargé d'histoire

Le terrain sur lequel se dresse la Bansuisō a lui-même une histoire dense. C'était autrefois l'emplacement des résidences du premier ministre du domaine de Matsuyama. En 1895, l'écrivain Natsume Soseki y logea lors de son séjour à Matsuyama comme professeur d'anglais — le séjour qui inspira son roman Botchan, référence culturelle majeure de la ville. La villa fut achevée juste à temps pour accueillir la visite du prince Hirohito en novembre 1922 ; il y revint à chaque passage à Matsuyama.

La Bansuisō a traversé la Seconde Guerre mondiale sans dommage, ce qui en fait un témoignage rare et intact de l'architecture de la période Taisho.

Visite pratique

La villa est ouverte tous les jours sauf le lundi (ouverture maintenue si le lundi est férié). L'entrée est de 400 ¥ pour les adultes, 200 ¥ pour les enfants. La visite est courte — comptez trente à quarante-cinq minutes — mais dense. Un guide audio en japonais est disponible sur place et s'active automatiquement dans chaque pièce.

Le site officiel propose une version en français, accessible directement depuis le sélecteur de langue en haut de page.

Dans le même domaine, le café Aishoutei (carte) est installé dans un bâtiment séparé au sein du jardin. Une bonne option pour souffler après la visite.


Liens utiles

LieuSite officielGoogle Maps
Bansuisōbansuisou.orgCarte
Café Aishouteibansuisou.orgCarte

Horaires : 9h–18h · Fermé le lundi Entrée : 400 ¥ (adulte) · 200 ¥ (enfant) Accès : arrêt de tramway Okaido, puis 5 min à pied